« À la fidélité et à la vertu des Suisses »

Christian-Frédéric-Dagobert,
premier comte de Waldner de Freundstein


1711 - 1783


bourgeois suisse au service du roi de France

Les mercenaires ont souvent eu mauvaise réputation. Des soldats étrangers, rémunérés quand les finances de leur employeur le permettaient, des traine-rapière sans foi ni loi, capables de tous les excès. L’Alsace, le Sundgau en particulier, en a souffert pendant la guerre de Trente ans. Ils étaient alors « suédois », pour la plupart. Pour autant, étaient-ils plus barbares que les troupes ordinaires d’un pays en terre étrangère ? Demandez-donc aux habitants du Palatinat ce qu’ils pensent, aujourd’hui encore, des régiments de Turenne, ou aux Lorrains, ce qu’ils ont subi des troupes bavaroises en 1914, du côté de Badonviller…

De tous temps, les grandes civilisations ont eu recours au mercenariat. L’Égypte des pharaons employait ainsi ses prisonniers de guerre. La Grèce et Rome ne furent pas en reste. La littérature s’est emparée du sujet ; avec Salammbô, Flaubert raconte la guerre des mercenaires de Carthage contre leur employeur, tandis que ceux de Lartéguy combattent en Indochine et en Corée, au milieu du XXe siècle. Que dire des mercenaires de Kurosawa et de Sturges qui ont brillé au cinéma, au service de pauvres paysans ?

En Europe, un pays en particulier fut grand pourvoyeur de mercenaires, soldats au service de ses voisins : la Suisse. De la fin du Moyen Âge jusqu’à la Révolution, les soldats et officiers helvétiques étaient recherchés et appréciés par le royaume de France qui compta jusqu’à treize régiments suisses. D’autres pays recrutaient également dans la Confédération helvétique, en particulier la Hollande, le royaume de Piémont-Sardaigne, la république de Gênes.

La Suisse, c’était aussi Mulhouse, petite république enclavée en Haute Alsace, alliée depuis 1515 au « Louable Corps Helvétique ». Comme les cantons, Mulhouse fournissait son lot de mercenaires. C’est ainsi que Christian-Frédéric-Dagobert Waldner de Freundstein choisit le métier des armes au service de Louis XV, roi de France, en tant que bourgeois suisse de Mulhouse.

La tradition française du recours aux mercenaires suisses dans le cadre de capitulations avait commencé après la bataille de Marignan, quand fut signé à Fribourg, le 26 novembre 1516, le traité de paix perpétuelle entre la France et la Confédération helvétique. Dès lors, les Confédérés ne participèrent plus aux opérations militaires en Europe autrement qu’en mercenaires. Chose rare et remarquable – la longévité des traités est en général très faible – le traité de Fribourg fut respecté jusqu’en 1792.

La Révolution mit momentanément fin au mercenariat en France. Les régiments étrangers furent congédiés. Le Premier Empire fit à nouveau appel aux Suisses ; la tradition se poursuivit sous la Restauration puis, en 1832, Louis-Philippe créa la légion étrangère ouverte à toutes les nationalités. Il lui attribua la devise d’un régiment suisse de l’Ancien Régime :
« Fidélité et Honneur ».
Fidelitate et Honore avait été la devise de Romain, comte de Diesbach-Belleroche, colonel-propriétaire du 7e régiment d’infanterie suisse de 1764 à 1785, confrère, si l’on peut dire, et contemporain de Christian-Frédéric-Dagobert de Waldner de Freundstein.

Au XVIe siècle, les mercenaires helvétiques avaient une réputation de sauvagerie et d’indiscipline – un ouvrage suisse les qualifie de Gente ferocissima. Leur image s’améliora quelque peu. Au XVIIIe siècle, on leur reconnaissait avant tout bravoure, courage, habileté au maniement des armes et, qualité ô combien appréciable, fidélité à leur employeur.

À Lucerne, le Löwendenkmal, monument du Lion agonisant, commémore le massacre des Gardes suisses le 10 août 1792 au palais des Tuileries, à Paris. Il porte en inscription Helvetorium fidei ac virtuti : À la fidélité et à la vertu des Suisses. L’écrivain américain Mark Twain l’avait découvert lors d’un voyage en Europe et y voyait l’œuvre lapidaire la plus émouvante du monde.

Parmi les noms des officiers tués gravés sur le monument figure un Waldner (« Waltner »). C’est Constantin de Waldner de Freundstein, de la branche cadette dite de Sierentz, arrière-petit-cousin de Christian-Frédéric-Dagobert, dont voici maintenant l’histoire et celle de sa famille.


Le monument du lion agonisant à Lucerne

carte postale, vers 1900

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